La puissance de l'écriture vient du fait qu'elle confère un certain pouvoir sur le temps en ce sens où l'on a l'impression de laisser une trace, une trace témoin du temps qui passe. Ce ne sont pas de petits bouts de pain mais on a tout de même l'impression de pouvoir retrouver ce chemin qui fait que l'on est là, ici et maintenant. Ecrire c'est avant toute chose ressentir, c'est accompagner le présent en revivant l'instant précédent et en s'imaginant le suivant. C'est aussi un moyen de se remémorer des moments que l'on voudrait pouvoir revivre indéfiniment. Nettement mieux qu'une photo, quand le jeune adolescent relit la lettre qu'il avait écrite à Marine, son amoureuse en CP/CE1, il revit la scène comme s'il était toujours assis à côté d'elle le jeudi après midi lors du cours d'histoire et qu'il cogitait des heures entières dans l'espoir qu'elle lui accorde un sourire, un tout petit sourire, un sourire complice porteur d'espoir. Quand cette femme relit le petit mot que lui a écrit ce beau jeune homme qu'elle admirait secrètement pendant ces années au collège Jeanne d'Arc dans le 15ème, elle n'a qu'à fermer les yeux pour le revoir entrer dans la salle d'anglais avec son caban bleu marine, ses all star trouées, sa mèche blonde rebelle et son « bonjour madame » qui le rendait tellement, tellement craquant...
Que dire de cette jeune grand-mère qui, en faisant du rangement, tombe sur une lettre poussiéreuse et jaunie de son fils lui disant qu'il lui tardait de rentrer, qu'elle et papa lui manquait, qu'il les aimait et que l'armée ce n'était pas la fête tous les jours, qu'il en chiait.
Malgré tout, il y a des choses qui s'avèrent être indomptables et... indomptées. Des choses que tu as beau raconter ou écrire, tu sais pertinemment que tu ne les revivras jamais, jamais... Tu as beau t'imaginer en train de te contempler, toi et tes chaussures flambant neuves qui font de la lumière avant ta rentrée en CP, c'est fini, plus jamais, jamais... Tu peux toujours repenser à tes dix ans entourés de toute ta famille au complet, c'est sûr tu peux toujours, mais malheureusement l'amour ne suffit pas et avec vingt printemps de plus la vie a suivi son court, au jour le jour... J'aimerais pouvoir croire en cette phrase de S½ur Emmanuelle qui raisonne dans ma tête, « l'amour est plus fort que la mort » mais on m'a déjà fait le coup avec la petite souris et le père noël, je n'y crois plus. Alors là, en écoutant Dorothy Moore, Misty blue, je me dis que même à vingt ans il faut profiter de chaque instant, ne pas hésiter et foncer, rigoler, aimer, partager, rigoler et de facto pouvoir dire à cinquante ans qu'on ne regrette pas nos vingt ans car on a tout simplement vécu et fait tout ce que l'on pouvait faire. Et ce, à chaque instant...
On dit souvent qu'il vaut mieux avoir des remords que des regrets, je ne veux pas avoir de regrets, j'ai fait ce que j'avais à faire pendant deux ans à cent pourcent, maintenant j'ai envie de faire ce qui me fait vibrer et m'empêche de m'endormir le soir. Je vis ma vie à trois cent pourcent, c'est mon histoire.